Endoscopy 2015; 47(12): 1198
DOI: 10.1055/s-0035-1569587
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Commentaire du travail de Kaminski MF et al., pp. 1144

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Publikationsdatum:
02. Dezember 2015 (online)

 

Michal F. Kaminski, Ewa Kraszewska, Maciej Rupinski, Milena Laskowska, Paulina Wieszczy, Jaroslaw Regula. Design of the Polish Colonoscopy Screening Program: a randomized health services study.

Commentaires:

Cet article, au titre certes pas très attractif, est en fait passionnant. Plus qu’un mode d’emploi bien élaboré du dépistage du cancer colorectal en Pologne, il présente l’intérêt de proposer un design tout à fait innovant en faisant la part belle à la recherche clinico-épidémiologique.

Les autorités sanitaires polonaises ont opté pour la stratégie du “once-in-a-lifetime colonoscopy”, c’est à dire de proposer à tout polonais dont l’âge est compris entre 55 et 64 ans de réaliser une coloscopie de dépistage. Cette stratégie, inspirée des programmes de dépistage finlandais et norvégien, est étayée par des données bibliographiques et par des indicateurs de santé propre à la Pologne, espérance de vie notamment.

L’un des avantages de ce programme est de s’appuyer sur l’ancien programme de dépistage non organisé (patients à haut risque) et sur les registres nationaux épidémiologiques oncologiques. Le ministère de la santé qui pilote ce programme a sélectionné des centres de dépistages labellisés au sein desquels les coloscopies, intégralement financées, étaient réalisées par des médecins préalablement formés et agréés.

Tous les polonais du périmètre géographique des centres de dépistage dont l’année de naissance était comprise entre 1948 et 1957 (pour la première phase), hormis les sujets suivis pour cancer colorectal ou ayant déjà eu une coloscopie dans les 10 ans précédents, étaient invités par courrier à réaliser une coloscopie 7 semaines plus tard avec un rappel à la troisième semaine. Pour chaque année de naissance, 10 % des polonais avaient leur coloscopie chaque année, de sorte qu’en 10 ans, 100 % des polonais nés la même année avaient été dépistés.

Outre le “simple” suivi de cohorte, propre à tout programme de dépistage, le programme polonais présente l’originalité d’y implémenter plusieurs études ancillaires évaluant en particulier l’efficience du programme ainsi que des études épidémiologiques puissantes sur la base d’un recueil précis et complet.

Sans entrer dans les détails de la randomisation des patients sur laquelle se basent les études ancillaires, deux groupes d’une même année de naissance seront comparés: un groupe ayant sa coloscopie l’année en cours et un groupe apparié ayant sa coloscopie 5 ans plus tard. Ceci permet, parmi d’autres objectifs, d’étudier l’impact (défavorable ou non) du délai de réalisation de la coloscopie inhérent à ce type de stratégie de dépistage.

Ce programme a débuté en 2012. Les premiers résultats sont très encourageants avec de 2012 à 2015, plus de 850 000 polonais dépistés. Le nombre de centres labellisés a quintuplé pour atteindre une couverture de 34,2 % de la population polonaise, l’objectif étant d’atteindre 100 % de couverture du territoire polonais à l’horizon 2021 avec 26 fois plus de centres qu’en 2012 (au total 130 centres).

Le caractère récent de ce programme explique le fait qu’il n’y ait encore que peu de résultats exposés. Mais on attend avec intérêt les futurs résultats de cette étude et de ce programme de dépistage, tant d’un point de vue scientifique, pour la communauté gastro-entérologique, que d’un point de vue sanitaire pour la population polonaise.