Endoscopy 2015; 47(03): 277
DOI: 10.1055/s-0034-1391730
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Commentaire du travail de Rex DR et al., pp. 245

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Publication Date:
25 February 2015 (online)

 

Douglas K. Rex, Kyle Hardacker, Margaret MacPhail, Farrah Rahmani, Krishna C. Vemulapalli, Charles J. Kahi. Determining the adenoma detection rate and adenomas per colonoscopy by photography alone: proof-of-concept study.

Commentaires: Julien Branche, Maximilien Barret, Laurent Heyries, Marine Camus

Les progrès de l’endoscopie haute définition, du zoom des endoscopes, et de la chromoendoscopie virtuelle permettent d’envisager de plus en plus sérieusement de se dispenser d’une analyse histologique des polypes coliques de moins de 5 mm. Si cette “resect and discard strategy” semble encore lointaine en France, l’équipe d’Indianapolis, spécialisée dans le dépistage du cancer colorectal, réfléchit déjà aux moyens d’évaluer la qualité de la coloscopie quand elle sera appliquée. En effet, le taux de détection des adénomes (proportion de coloscopies retrouvant au moins un adénome) et le nombre moyen d’adénome par coloscopie sont deux marqueurs majeurs de la qualité de la coloscopie, que les endoscopistes doivent pouvoir surveiller, et qui requièrent en théorie une analyse histologique de toutes les lésions reséquées. Rex et al. ont donc cherché à déterminer la fiabilité du calcul de ces index à partir des photos prises durant la coloscopie.

Une étude prospective était conduite, à partir de 268 polypes coliques, dont 184 de 5 mm ou moins, reséqués chez 97 patients. Les polypes étaient examinés à l’aide de coloscopes Olympus haute définition avec zoom et chromoendoscopie virtuelle par Narrow-Band Imaging; les critères du NICE étaient utilisés pour déterminer l’histologie des polypes (Hewett DG et al. Gastroenterology 2012; 143: 599 – 607). Les diagnostics de l’endoscopiste réalisant l’examen, d’un second endoscopiste examinant exclusivement les photos de l’endoscopie, et du pathologiste étaient comparés.

L’âge moyen des patients était de 64,7 ans, avec 55,4 % de femmes, et pour 88,3 % des patients, l’indication de la coloscopie était le dépistage ou la surveillance. Le taux de détection des adénomes était de 52,1 % et le nombre d’adénomes par coloscopie était de 1,31. Il est à noter que les lésions festonnées n’étaient pas prises en compte dans ces calculs. La précision diagnostique de l’endoscopiste, en particulier pour les lésions de 5 mm ou moins, était supérieure à celle d’un relecteur n’examinant que les photos (92 % contre 83 %, respectivement, p < 0,001). En n’étudiant que les adénomes de 5 mm et moins, pour lesquels un résultat histologique final était disponible, l’endoscopiste obtenait un taux de détection des adénomes de 51,2 % et un nombre d’adénome par coloscopie de 1,28, le relecteur de 45,4 % et de 1,13, et l’anatomo-pathologiste de 52,1 % et 1,30. Ainsi, le relecteur des images de la coloscopie minorait respectivement de 12,6 % et de 13,1 % le taux de détection des adénomes et le nombre d’adénomes par coloscopie.

Cette étude démontre la possibilité d’estimer avec une bonne précision le taux de détection des adénomes et le nombre d’adénomes par coloscopie à partir de simples photographies. Les meilleures performances diagnostiques de l’endoscopiste par comparaison au relecteur doivent être interprétées avec précaution, dans la mesure où l’endoscopiste en question était un super expert du diagnostic des lésions coliques. Cette étude constitue essentiellement une preuve de concept, dont les résultats devront être confirmés dans d’autres centres avant de pouvoir envisager de se passer du pathologiste pour estimer les index de qualité de la coloscopie. Elle confirme cependant les excellents résultats de l’endoscopie moderne dans la prédiction de l’histologie des lésions coliques bénignes de petite taille.