Endoscopy 2015; 47(02): 181-182
DOI: 10.1055/s-0034-1389861
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Commentaire du travail de Sato H et al., pp. 122

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Publication Date:
30 January 2015 (online)

 

Hiroki Sato, Haruhiro Inoue, Haruo Ikeda, Chiaki Sato, Manabu Onimaru, BuHussain Hayee, Chainarong Phlanusi, Esperanza Grace R. Santi, Yasutoshi Kobayashi, Shin-ei Kudo. Utility of intrapapillary capillary loops seen on magnifying narrow-band imaging in estimating invasive depth of esophageal squamous cell carcinoma.

Commentaires: Emmanuel Coron, Laurent Heyries, Max Barret

Les boucles capillaires intrapapillaires ou IPCL (intrapapillary capillary loops), correspondent à des boucles vasculaires sous-épithéliales rattachées aux vaisseaux sous-muqueux et définissent une sorte de pit pattern en muqueuse œsophagienne malpighienne. Ces vaisseaux ont été décrits en 2001 par Inoue et sa classification des IPCL permet, en fonction de leur forme, taille, tortuosité, degré de désorganisation, et coloration de la muqueuse avoisinante, de conclure à un diagnostic de muqueuse saine (type I), inflammatoire (type II), inflammatoire ou en dysplasie de bas grade (type III), dysplasique (type IV) ou néoplasique (type V). Au sein des lésions néoplasiques, le degré d’envahissement sous-muqueux, et donc la résécabilité endoscopique, pourraient être prédits en fonction de l’architecture des IPCL. Une sous-classification en V1, où les IPCL sont dilatées et irrégulières, correspondrait aux lésions intraépithéliales ou m1; V2, avec des IPCL de type V1 plus allongées, sans perte de la structure arciforme des vaisseaux, correspondrait aux lésions intramuqueuses atteignant la lamina propria ou m2; V3, où la structure arciforme des IPCL est perdue, correspondrait aux lésions atteignant la musculaire muqueuse ou la sous-muqueuse superficielle jusqu’à 200 µm, ou m3-sm1; et Vn, où une néovascularisation tumorale irrégulière est observée, correspondrait aux lésions avec un envahissement sous muqueux (et donc un risque d’atteinte ganglionnaire) majeur, ou sm2-sm3. Les auteurs ont ici cherché à déterminer les performances diagnostiques et la reproductibilité de l’étude des IPCL utilisant le Narrow-Band Imaging et la magnification dans les néoplasies superficielles de l’œsophage en muqueuse malpighienne.

Trois-cent cinquante-huit patients avec 446 lésions néoplasiques épidermoïdes superficielles de l’œsophage ont été inclus dans l’étude. Les endoscopies étaient réalisées sous sédation, avec des endoscopes spécifiques Olympus (Q240Z et H260Z) et un capuchon. Plus de 90 % des lésions étaient planes (0-II de la classification de Paris) et mesuraient en moyenne 20 mm. Les lésions étaient reséquées par dissection sous-muqueuse dans 66,8 % des cas, avec 29,6 % de lésions m1, 36,3 % de lésions m2, 16,9 % de lésions m3-sm1 et 17,3 % de lésions sm2-sm3. Pour les IPCL classés V1 ou V2, la sensibilité et spécificité dans le diagnostic de lésions m1 ou m2 était de 89,5 % (IC95 %: 85,4 % – 92,7  %) et 79,6  % (IC95 %: 72,3 % – 85,7  %) respectivement. Pour les IPCL classes V3, la sensibilité et la spécificité dans le diagnostic de lésions m3 ou sm1 était de 58,7 % (IC 95 %: 46,7 % – 69,9  %) et 83,8 % (IC 95 %: 79,7 % – 87,4  %), respectivement. Enfin, pour les IPCL classés Vn la sensibilité et la spécificité dans le diagnostic de lésions sm2 ou sm3 était de 55,8 % (IC 95  %: 44,1 % – 67,2 %) et 98,6 % (IC95  %: 96,9 %–99,6  %), respectivement. En outre, après étude d’images endoscopiques sélectionnées par deux endoscopistes non japonais, ayant une expérience moindre du NBI, la concordance inter et intra-observateurs était bonne, avec des coefficients kappa de 0,609 à 0,705 pour la concordance inter-observateurs et de 0,705 et 0,819 pour la concordance intra-observateurs.

Sato et al. confirment donc ici, avec une grande série de lésions, la pertinence de l’étude et la caractérisation des IPCL dans les lésions néoplasiques œsophagiennes, avec des chiffres de spécificité particulièrement élevés. Comme avec la classification de Kudo pour les lésions néoplasiques coliques, la classification a pour but ultime de permettre à l’endoscopiste de surseoir à une procédure de résection longue et risquée en identifiant endoscopiquement les lésions a haut risque d’envahissement sous-muqueux profond pour laquelle le traitement endoscopique ne sera pas curatif. Contrairement à l’indigo carmin dans le côlon, la coloration au lugol dans l’œsophage permet la détection (avec cependant de nombreux faux positifs), mais pas la caractérisation satisfaisante des lésions néoplasiques.

Ainsi, l’étude des IPCL, dont la courbe d’apprentissage parait acceptable, puisque deux endoscopistes étrangers ont classé les lésions avec une bonne concordance intra-observateurs et inter-observateurs en comparaison avec les experts de Yokohama, semble prête à sortir du Japon. L’équipement spécifique endoscopique, le recours à la sédation pour les endoscopies, et surtout des durées d’examen suffisantes restent cependant requis avant que ce volet de la sémiologie endoscopique, également prometteur pour l’étude des lésions pharyngées, puisse être intégré par les équipes européennes.